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Interview de Philippe Pinerd
Ce mois-ci, nous vous proposons de découvrir Philippe Pinerd, responsable de l'Hapkido à la FFTDA. Ce passionné et fin connaisseur des arts martiaux nous fait découvrir l'Hapkido. Parions qu'il donnera à plus d'un l'envie de découvrir cet art coréen.

Des réponses précises à toutes les questions que vous vous posez : que signifie "Hapkido", qu'est ce que cette discipline, quel est son avenir, quels sont ses rapports avec le TKD...

WEBTKD - Pouvez-vous vous présenter ?

Ph. P. - J'ai 37 ans, je suis taekwondoïste et hapkidoïste, chargé à la fédération [FFTDA] de promouvoir et d'organiser techniquement l'Hapkido.

WEBTKD - Vous avez quel grade en Taekwondo ?

Ph. P. - 4e dan en Taekwondo et le même grade en Hapkido.

WEBTKD - Vous avez vécu en Corée, je crois. Est-ce là que vous avez découvert le Taekwondo ?

Ph. P. - J'ai passé 5 ans en Corée. Je pratiquais déjà le Taekwondo mais j'y ai découvert l'Hapkido.

WEBTKD - Tout d'abord, que signifie " Hapkido " ?

Ph. P. - Hap signifie " concentrer ", " unir " mais peut aussi signifier " projeter ". Ki, c'est l'énergie vitale (le chi chez les Chinois), do la voie. L'Hapkido est donc la voie pour concentrer l'énergie vitale, mais aussi la voie pour projeter l'énergie vitale. Projeter à des fins de self-défense mais aussi à des fins de guérison car il y a des personnes, au haut niveau d'Hapkido, qui pratiquent la chiropractie, la connaissance du corps.

WEBTKD - Vous êtes chargé de développer l'Hapkido en France. En quoi consiste précisément votre rôle ?

Ph. P. - La mission qui m'a été confiée était de structurer, organiser, promouvoir et développer la discipline. C'est donc une mission importante. Chronologiquement, j'ai commencé par structurer, répertorier, etc., en collaboration avec Yves Robert qui est responsable de la commission. Nous sommes actuellement dans la phase de développement : cela passe par de la communication, de la formation. Il s'agit d'encourager et de mettre en place des filières de formation pour les pratiquants de Taekwondo - l'Hapkido joue ainsi un peu le rôle que le Jiu-jitsu joue dans la fédération de Judo - et d'autre part de favoriser de nouvelles formes de pratiques de santé, de gymnastique, de self-défense féminine, de combat peut-être un jour.

WEBTKD - L'Hapkido se développe donc au sein de la fédération de Taekwondo. Est-ce qu'il tend à s'en séparer à terme ?

Ph. P. - Non, au contraire. Nous nous inscrivons dans le cadre d'une complémentarité. Aujourd'hui, il y a le Taekwondo sport olympique qui s'adresse à un public bien ciblé. Mais, en faisant une répartition des pratiquants de Taekwondo par tranche d'âge et par type de pratique, on s'aperçoit que 40 % représentent un public potentiel pour l'Hapkido, parce qu'ils ont plus de 30 ans, qu'ils ne sont pas intéressés par la compétition et que donc, naturellement, ils seront portés à pratiquer ce type de discipline. Au lieu d'aller au Jiu-jitsu, ils auront de l'Hapkido à la maison.

WEBTKD - On a souvent une image de la self-défense comme d'un sport plus ou moins réservé aux personnes âgées. Votre but, c'est de rester dans ce créneau ou d'en sortir ?

Ph. P. - Pour l'instant, nous essayons de ne pas cibler de façon trop précise, car ce serait fermer la porte à des pratiquants jeunes : aujourd'hui, je connais des compétiteurs qui pratiquent l'Hapkido et il n'y a pas de problème car ce ne sont pas des pratiques antagonistes. La véritable question est : quelle est la priorité du pratiquant ? Est-ce la compétition ou le traditionnel, la self-défense ? On ouvre le jeu. Naturellement, nous avons plus de pratiquants non pas âgés mais d'un âge post-compétition.

WEBTKD - Donc l'Hapkido peut être un sport de jeune.

Ph. P. - Absolument !


Philippe Pinerd, le théoricien en action

WEBTKD - En général, l'Hapkido se développe dans des clubs de Taekwondo qui existent déjà ? Existe-t-il des clubs simplement d'Hapkido ?

Ph. P. - Oui, il existe des clubs d'Hapkido à 100 %. Notre but est d'élargir le nombre des pratiquants et de faire venir à l'Hapkido et à la fédération des pratiquants venus d'autres horizons.

WEBTKD - Vous avez une idée du nombre de pratiquants ?

Ph. P. - Actuellement répertoriés :1 000. Des pratiquants non encore répertoriés mais qui le seront quand on aura mis en place un système de sondage spécifique à l'Hapkido, je dirais entre 1 000 et 2 000.

WEBTKD - On trouve des clubs dans toute la France ?

Ph. P. - Oui, c'est assez bien réparti et, surtout, c'est de mieux en mieux réparti. Je crois que c'est un succès de la politique de formation fédérale : on a ouvert des formations dans différentes régions et cela porte ses fruits.

WEBTKD - Il y a eu des réticences ?

Ph. P. - Oui, bien sûr. Au début, il y a eu de l'inquiétude chez des personnes qui comprenaient mal l'enjeu. Aujourd'hui, ces réticences disparaissent naturellement. Tout le monde se sent concerné et c'est un plus : un bon professeur de Taekwondo peut pérenniser son action en ouvrant l'éventail de son enseignement.

WEBTKD - Une question plus technique : au-delà de l'origine coréenne commune, y-a-t-il un lien réel entre le Taekwondo et l'Hapkido ?

Ph. P. - Les deux disciplines sont liées à la base, elles ont la même racine. On parle souvent du subak qui est le principe de l'art martial coréen. On lui donne parfois d'autres noms mais il y avait 6 attitudes qui étaient retenues dans les arts martiaux complets : le principe de la ligne droite, le principe de son contraire qui est le rond, le principe de coller, le principe contraire qui est de garder la distance, le principe de la souplesse et le principe de la dureté. C'était des choses qui étaient envisagées en même temps dans la pratique. Ensuite, cela s'est scindé : certains arts martiaux ont plutôt évolué vers la percussion - c'est le cas du Taekwondo, qui est assez récent, il a 50 ans environ sous sa forme actuelle -, ensuite l'Hapkido s'est structuré dans les années 50 à partir d'autres attitudes, mais la racine est commune.

WEBTKD - Quelle différence peut-on faire entre les deux formes de self-défense que sont le Jiu-jitsu et l'Hapkido ?

Ph. P. - La spécificité de l'Hapkido est qu'il implique dès le départ et de façon simultanée quatre attitudes techniques fondamentales : Koky la luxation, le jeu, l'immobilisation, la clef, Tanjigui la projection, Tchigui la frappe, la percussion et Beigui le dégagement. Ce n'est pas le cas dans le Jiu-jitsu. On vous apprendra famille par famille, une progression par module. En Hapkido, le novice a dès le départ l'expérience, de la projection, de la percussion, de la clef… il voit dès le départ les choses de façon globale. Sinon, le Jiu-jitsu vient aussi historiquement de Corée et la racine est commune mais pas de polémique !

WEBTKD - Au sein de l'Hapkido, il existe des écoles, des styles différents ? Qu'en est-il au sein de la fédération ? Y a-t-il un style retenu ?

Ph. P. - Au niveau de la fédération, ce n'est pas un style qui est retenu mais un Hapkido français, avec une logique de distance et d'angle de frappe, donc une logique de terrain. On ne différencie pas tel ou tel style : une clef est une clef. Peu importe la façon dont elle est amenée, on s'adapte à la distance de combat. Les styles sont très nombreux, c'est le problème en Corée et il n'existe pas d'institution mondiale unique… Grâce à la notion d'Hapkido français, on arrive à accueillir en France plusieurs styles et ils coexistent très bien.

WEBTKD - Vous parlez de l'absence de fédération mondiale. Justement, à terme, l'Hapkido ne devra-t-il pas se séparer du Taekwondo pour s'affirmer véritablement ?

Ph. P. - Il y a deux options possibles. En ce qui me concerne, comme responsable technique de l'Hapkido en France, je ne souhaite pas qu'ils se séparent, parce qu'une pratique enrichit l'autre. Il est beaucoup plus " honnête " de pratiquer les deux : une très bonne percussion avec le Taekwondo et un très bon contrôle de corps à corps avec l'Hapkido. Une pratique enrichissant l'autre, je ne vois pas pourquoi on envisagerait de les séparer - à moins que ce soit pour des raisons politiques. En même temps, il est clair que c'est la volonté de beaucoup d'institutions coréennes, au niveau mondial de l'Hapkido, d'exister à part : c'est un problème d'identité, de diplôme, de business aussi. Moi, je crois qu'on peut réussir ce mariage et il est déjà réussi. On peut le réussir de mieux en mieux.

WEBTKD - Le rapport Taekwondo/Hapkido , c'est vraiment différent du rapport Karaté/Taekwondo (FFKAMA/FFTDA) ? Vous ne voyez pas le Taekwondo et l'Hapkido voués à la séparation…

Ph. P. - Je les vois dans une parfaite complémentarité, les pratiques étant répertoriées dans leurs différences et étant intégrées dans une même structure officielle. La structure est au service de cette union. Donc, tant qu'il n'y a pas de raison politique, tant que l'Hapkido n'est pas trahi par la politique du Taekwondo ou le Taekwondo par celle de l'Hapkido, je ne vois pas de raison à leur séparation. D'ailleurs, au niveau de la formation, le DIF [Diplôme d'instructeur fédéral] est commun avec une option. Les valeurs de pédagogie, de transmission des connaissances qui sont valables pour le Taekwondo le sont aussi pour l'Hapkido.

WEBTKD - Si je veux pratiquer l'Hapkido, que dois-je faire ?

Ph. P. - Vous avez sûrement dans votre région un relais régional Hapkido ou le président de la région : ils sont au courant des formations fédérales qui se décentralisent de plus en plus. Vous avez peut-être aussi la chance d'avoir localement un professeur ceinture noire agréé Hapkido par la fédération. Ce sont les deux possibilités pour se former… jusqu'au jour où il n'y aura que des profs d'Hapkido.

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